Journal de voyage, 25 Avril 2014
On se lève avec le soleil à 5h30 comme prévu. Nuit courte, réveil difficile, tout du moins pour moi. Vingt minutes plus tard on fonce déjà sur la moto, vers le village de Hanyigbam afin de rencontrer le contact d'ODEAH ici, monsieur Ikpo.
Ce monsieur fait en fait partie de ceux qui sont impliqués dans la vie du village au niveau de l'organisation et des décisions. On se rend dans une pièce où lui s'installe sur la chaise centrale, et nous sur d'autre chaises en face de lui. Les chaises sont agencées de tel manière dans la pièce qu'on comprend que lui est en position de "chef" et qu'il nous reçoit pour nous accorder une audience.
Je me présente, Ikpo se présente et me souhaite la bienvenue, et ensuite lui et Justin discutent un peu.
Une fois la discussion terminée nous nous levons et commençons à marcher le long d'un chemin qui semble sortir du village. En effet le chemin nous mène à deux villas dont l'une d'elle est celle où habite le chef du village.
Et là je comprend qu'il est 6h30 du matin, je suis loin d'être réveillé, et qu'on va voir LE chef du village, comme ça :| La maison est vraiment imposante, il y a une Mercedes garée dans l'allée, le jardin est assez grand avec de très grand arbres et la propriété dispose de son propre château d'eau, ça déconne pas.
On suit une allée le long de la maison et on se retrouve dans une grande pièce ouverte sur l'extérieure, encore une fois agencée de manière "salle du trône". Bon, j’exagère un peu mais c'est l'impression que ça donne : la pièce est rectangulaire et contre le mur du fond (la largeur) il y a trois chaises; la personne sur la chaise centrale préside une longue table qui est en face d'elle et sur les longueurs on voit de multiples chaises où les gens qui obtiennent un audience s'assoient.
On rentre donc dans cette grande pièce ouverte sur le jardin et donc bien éclairée par le soleil levant. Tout de suite je repère le chef, assis sur cette chaise centrale. Il est entrain de discuter avec deux personnes qui sont assis non loin de lui mais sur des chaises présentes sur la longueur de la pièce.
On s'avance donc un peu, Ikpo en première position. Le chef nous remarque et on sent tout de suite l'autorité dans son regard perçant. Il nous fait un geste nous invitant à aller nous asseoir en face des gens avec qui il discutait. Une fois assis, Justin et Ikpo effectuent une sorte de courbure en signe de respect/salut/... J'essaie de les imiter (un peu en retard, personne ne me dit rien :o) parce que ça a l'air d'être un truc protocolaire. Ensuite Ikpo nous introduit Justin et moi et explique la raison de notre présence (qui on est et pourquoi on veut une audience, en gros). Le chef acquiesce et nous congédie, expliquant qu'il en a encore pour 5 minutes. Nous partons attendre dans le couloir/allée attenant à la pièce. Une fois sortie Ikpo nous explique que l'homme et la femme présents sont respectivement le président et la trésorière du CVD (Comité Villageois de Développement). Et moi qui pense, encore endormi : "Bwhaaa trop de gens importants pour cette heure de la journée :s"
10 minutes plus tard on vient nous chercher pour nous dire que c'est bon. On retourne donc s'asseoir sur les chaises sur la longueur de la pièce. Les 2 membres du CVD qui étaient auparavant en position de "sujets" sont maintenant assis à droite et à gauche du chef, donc en temps que "conseillers" en quelque sorte. Ikpo nous a introduit de nouveau, mais plus en longueur cette fois ci. Puis Justin a pris la parole pour expliquer le programme des activités que nous avions conçu la veille. Je comprend alors que le but de notre audience avec le chef du village est d'obtenir son consentement quant à l'application du programme d'ODEAH-TOGO dans le village.
Le chef nous a d'abord raconté que son village avait beaucoup de chance, parce que beaucoup d'entités (personnes, associations, entreprises,...) cherchaient à aider à son développement alors que lui et les habitants n'ont jamais rien demander à personne ("ou peut-être seulement à Dieu" dit-il), et qu'il était très très content de ça. Et là, dans toute sa sagesse, il nous a longuement expliqué pourquoi ce "trop-plein" d'aide pouvait être un problème pour le village : programmes d'aide qui sont fait en double, activités qui rentrent en collision, associations qui se pointent pour construire une église alors qu'il y en a déjà une, ...
Le message qu'il veut faire passer, c'est qu'il apprécie grandement l'aide apportée à son village, mais qu'il faut pouvoir la contrôler et la canaliser de manière intelligente afin d'en tirer le maximum.
Il parle ensuite de la création d'un plan directeur sur 2 ou 5 ans pour le village, que les associations pourraient consulter afin de voir à quel moment elles pourraient s'y insérer. Pour expliquer tout ça et m'intégrer dans la discussion, le chef fait une longue analogie avec les listes de mariage que nous avons en France : la liste est créée par les bénéficiaires de l'aide (les jeunes mariés), accessibles aux bénéfacteurs (les invités) et chacun peut décider d'acheter tel ou tel item de cette liste. Une fois un objet acheté, il est raillé, et comme ça il ne sera pas présent en double. L'aide apportée est donc canalisée de manière intelligente grâce à cette liste qui peut être assimilée au plan directeur.
Justin qui, en temps que président d'une de ces associations, a du mal à bien planifier dans le temps et dans l'espace les actions à faire parce que ces plans directeurs n'existent pas, exprime son intérêt pour ce plan.
Mon ressenti à ce moment de la discussion c'est que le chef, en bon politicien, nous a d'abord brossé dans le sens du poil, avant de nous endormir (je n'étais déjà pas très réveillé...) avec de beaux discours (sur lesquels je suis plutôt d'accord avec lui, sois dit en passant) pour nous dire ensuite gentiment "en fait, non, désolé".
Je m'attend donc à tout moment à une phrase signifiant son refus... Justin doit le sentir aussi parce qu'il repart à l'attaque et explique que le programme des activités qu'on veut faire est basé sur les réponses à un questionnaire qui a été distribué à la population du village. Il explique donc que le besoin est bien présent et qu'il ne s'agit surtout pas de faire quoique ce soit en double.
Ensuite le chef, qui semble plus ou moins satisfait de l'argumentation de Justin, demande qui sera la cible des activités. Les femmes du village, principalement, mais les hommes sont bienvenus aussi, répond Justin. Là le chef se lance dans une critique extrêmement copieuse et très sévère sur les hommes de son village. Il les décrit comme extrêmement paresseux et "imbibés [d'alcool] de plus en plus". Ils ne travaillent pas et ne cherchent pas à travailler et préfère passer leur temps sur la place du village à boire et ne rien faire... dit-il. Alors que les femmes elles sont déjà très débrouillardes et actives au sein du village : le chef explique qu'elle sont la source de l'économie du village et qu'elles savent déjà faire beaucoup de chose, contrairement aux hommes. Il les enfonce encore un peu plus avec cet exemple qui m'a frappé : "L'homme va planter des palmiers, encore que les femmes le font aussi maintenant. Ensuite il va attendre à rien faire que le palmier grandisse. Puis il va couper le palmier et le vendre à une femme pour 100 francs et son action pour l'économie du village s'arrête là. La femme elle, va faire de l'huile et d'autres produits dérivés avec ce palmier, pour générer plus de 3000 francs !" Ensuite il a expliqué que c'était la faute à la culture qui voulait que les femmes fassent les taches ménagères, gèrent la maison, ... Ce qui nécessite de générer un revenu et ce qui a fait que les femmes soient si actives économiquement pour le village.
Il a continué encore un certain temps comme ça, pour dire que finalement former les femmes n'était pas forcément utile, qu'il faudrait plutôt former les hommes. Ça sentait encore un peu le refus déguisé.
La discussion venait à sa fin. Le chef a expliqué qu'il n'était pas chef depuis très longtemps et que par conséquent il laissait la décision à Ikpo, qui connait bien mieux ce "dossier" que lui. Il a demandé à être tenu informé du déroulement des formations et la discussion a pris fin. Pas de refus donc !
Là il y a encore eu un instant protocolaire : on s'est levé et chacun son tour et on est allé serrer la main du chef et de ses "conseillers". Il fallait ensuite sortir sans lui tourner le dos, ce que j'ai remarqué encore une fois légèrement trop tard ! On a raccompagné Ikpo au village et Justin et moi sommes rentré à Kpalimé.
Ensuite on a passé le plus clair de la journée dans le bureau de l'association, principalement devant nos PC respectifs.
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A gauche, une armoire qui sert aussi de guichet A droite, le bureau où moi et Justin travaillons |
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| Vue depuis le coin de la pièce coté rue. |
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| Vue depuis le coin de la pièce coté cour |
Les lecteurs avertis auront remarqué le câble RJ45 dont je parlais hier qui me permet de partager la connexion 3G de mon téléphone au PC de Justin. Bien entendu la consommation 3G du téléphone est impressionnante :
J'ai aussi commencé un des livres que je me suis acheté à Roissy avant de prendre l'avion :
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| Un livre de Tom Clancy que je n'avais pas encore lu |
En début de soirée on est sorti se balader et acheter à manger, et finalement on s'est retrouvé dans un bar. Après avoir vu toute la semaine des affiches "
Buvez votre Guinness glacée ici", j'ai craqué :
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| Google Goggles encore une fois très impressionnant ! |
Finalement on est rentré se coucher vers minuit et Justin m'a rappelé qu'on avait rendez vous le lendemain à 6h30 avec Ikpo et le Club des Mères de Hanyigbam afin de planifier les formations.
Mince ! Moi qui comptait rattraper mon sommeil :(